Interview d’Eric Nicolier sur le blog Tradonline
« Eric Nicolier : Je n’aime pas toujours cette expression de storytelling, même si j’apprécie particulièrement Christian Salmon, le vulgarisateur de la notion en France. Le storytelling est trop souvent réduit à l’idée de raconter une histoire, de scénariser une situation, pour mieux faire passer un message politique ou un concept marketing pour une entreprise. On sent l’idée de manipulation qui peut se cacher derrière l’outil du storytelling… »
Mais pourquoi donc les Français fustigent-ils le storytelling, tout en en faisant un terme très « mode » ? Tous les esprits chagrins se racontent in petto la même histoire, se concoctent le même storytelling inconscient : le discours politique, le discours marketing, c’est de la manipulation, et ça marche bien sur tous ces imbéciles (les autres) ; normal : « ils nous racontent des histoires » = ils nous disent des mensonges, ils sont experts es menteries.
La doxa, l’opinion commune et anti-connaissance, l’esprit de confusion bardé de certitudes, règne sur l’approche franchoulliarde du storytelling, et Christian Salmon est son prophète ! Eric Nicolier veut en faire à la fois un outil et un objet politiquement incorrect : bel aveu d’éparpillement de la pensée ! Quant à Christian Salmon, il n’est pas le vulgarisateur de la notion mais l’auteur à succès qui introduit auprès de toute une nation, que dis-je, dans la francophonie toute entière, et sous la bannière du CNRS, une prénotion (comme nous disions quand nous avions encore un peu de réflexion épistémologique), une problématique de complot, un nouveau genre dans les sciences sociales concocté à la sauce Dan Brown. Cela plait, cela fait vendre, cela fait mode.
Petit test sémantique sur Google : si vous tapez STORYTELLING MANIPULATION vous obtenez « Environ 311 000 résultats » ; 29 500 pour STORYTELLING VERITE. Essayez STORYTELLING AUTHENTICITE vous obtenez un malheureux « Environ 4 000 résultats », et en premier de liste, comme bien souvent, l’article de Wikipedia qui nous dit « les manipulations reprochées à George Bush, Tony Blair ou Nicolas Sarkozy par Salmon se heurtent au principe de réalité : elles n’ont pas pu empêcher leurs baisses de popularité respectives, ce qui tendrait à montrer que le Storytelling ne peut être servi que par une histoire authentique. C’est certes un élément d’influence mais pas de manipulation. »
Mon ami Stéphane Dangel explique très bien ici l’importance de l’authenticité, avec des exemples concrets aussi bien pour le storytelling de management que pour celui de la communication et du marketing. Et la question de l’influence y est bien considérée comme réelle.
Au risque de me faire traiter par toi, cher lecteur, de manipulateur éhonté, je te renvoie à notre livre, co-écrit avec Stéphane,Storytelling, le guide… sous le sceau du plaisir de réfléchir, et avec un certain optimisme concernant le genre humain. Non, je n’ai pas dit naïveté ! Et puis, si vous lisez couramment la langue de Shakespeare (dans sa version contemporaine et américaine, j’entends), vous pourrez vraiment vous faire une idée libre et sans complexe de ce qu’est le storytelling et de son importance : toute une littérature, avec des ouvrages de niveaux et qualités divers est à votre disposition.
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